Quand allaiter, un acte naturel, devient un acte extraordinaire

Apparemment, nous sommes faites, nous les femelles mammifères, pour nourrir notre petit et cela depuis toujours! Je dis bien apparemment, car aujourd’hui on a l’impression de suivre une mode et d’aller au front quand on allaite.

«Tu vas allaiter? Quel courage», « Tiens, je connais une autre maman qui a essayé»

Un Joyeux bordel

Depuis quand l’allaitement est devenu un acte extraordinaire?

Bien sûr, ce n’est pas aussi facile que de compter le nombre de cuillère à mettre dans un biberon .. Et bien justement, si tout était pensé pour accompagner les mamans dans leur choix d’allaiter dans les rues, au travail, chez elle?

A la naissance de Fruit de la passion N°1, je me suis vite rendue compte que ça n’allait pas être simple, pas parce que l’allaitement allait être ingérable mais parce que tout bonnement les infrastructures ne s’y prêtent pas et les personnes ne sont pas encore bien à l’aise à l’idée de voir une maman nourrir son enfant au sein juste sous leurs yeux.

J’étais pudique mais ça c’était avant

Comme un grand nombre de personne j’étais pudique (passé) et puis il y a eu la grossesse et les nombreux strip-teases devant des inconnus, les touchés mensuels et le must de l’exhibition : l’accouchement!

Les premiers jours après la naissance, il me restait encore une once de pudeur mais quand j’ai réalisé que ce petit glouton allait m’obliger à montrer mes seins devant tout un public et cela toutes les 2h, j’ai un peu lâché prise.

Il ne restait plus qu’à m’habituer et faire comprendre aux autres que je ne m’amusais pas non, je nourrissais mon bébé.

Pour mon premier, j’ai fait de nombreuses erreurs. Clairement, JE ne nous ai pas fait assez confiance. Je voulais respecter scrupuleusement les règles qu’on me donnait. A chaque remarque qu’on me faisait je me remettais en question et me culpabilisais .

 » Surtout attendre 2h minimum avant deux tétées sinon il va avoir mal au ventre » « Il est pâlichon non ? il ne dois pas manger assez ?  »   » S’il régurgite c’est à cause du lactose »

On peut dire même, que les premiers temps, étaient plutôt foireux mais très instructifs sur les autres et moi-même. Surtout qu’en fin de compte, la plupart des gens qui « voulait m’aider » n’avait aucune expérience dans l’allaitement ou bien que de manière théorique.

Je faisais de l’allaitement mixte au début. Résultat, j’avais de moins en moins de lait.. L’argument fatal : mon enfant avait faim et soit disant je n’avais pas assez de lait…

Effectivement,  l’histoire de l’offre et la demande ne fonctionnait pas très bien à ce moment là. Seulement, on avait oublié de me préciser qu‘il faut bien 3 à 4 jours pour régler la machine donc bon fallait-il le savoir et prendre son mal en patience…

On fait quoi alors ?

On stimule avec un tire lait, on boit beaucoup beaucoup d’eau, on rebaptise le bambin ‘la sangsue’ et go on ne le décolle plus.

Si vous entendez de la part de votre entourage

« Toujours au sein celui là ?! »

vous faites exactement ce qu’il faut Oui Oui !

J’ai fini par arrêter le lait en poudre et reprendre un allaitement exclusif.  Je le mettais toujours au sein quitte à ne plus avoir de vie pendant les premiers jours et j’ai enfin connue ce sentiment de satisfaction :  je sentais que je faisais ce qu’il fallait.

La reprise du travail

Et puis là ou le bas blesse, j’ai repris le travail, je suis passée au lait artificiel.

Notez bien que cela ne l’a pas empêché de me réveiller plusieurs fois dans la nuit pour manger. Vous disiez lait artificiel = nuit ?! Utopie!!

Vice versa ce n’est pas parce que vous allaitez que forcément vous allez passer des nuits pourries.

On reprend tout et on recommence

Pour mon deuxième, gros changement, exit les regards et remarques désobligeants des autres, j’allais maintenant assumer mes choix. Evidemment, de le faire entendre aux autres quand on a déjà eu une première expérience cela est bien plus simple. Mais peu importe, il faut avoir confiance en son instinct.

J’ai tendance à dire que pour allaiter il faut être bélier, ne rien lâcher. (bon je suis verseau ça marche aussi).

Il mange assez ? Toutes les heures ce n’est pas trop ? Je me posais exactement les mêmes questions, je relisais encore et encore les conseils de la leche league France

Se poser des questions (et pire les mêmes) c’est relativement épuisant à la longue mais plutôt bon signe cela signifie que vous restez réveillée alerte.

Je me fixais un nouvel objectif à chaque fois que j’arrivais à atteindre mon but premier.  Les premiers jours à la maternité, 1 mois, 2 mois, 3 mois allez encore 3 semaines de plus ..

Plus d’une fois j’ai voulu arrêter, les nuits très compliquées, le besoin de prendre l’air sans ma sangsue, les gens qui n’arrêtaient pas de me dire de lui donner des biberons de lait artificiel…

Mais je n’ai rien lâché, je me motivais en me remémorant pourquoi je faisais ça au lieu de choisir la facilité.

Après 4 mois et demi à cocooner j’ai du reprendre le travail (plusieurs raisons : financières et parce que j’en ressentais le besoin) mais je n’avais aucune envie d’arrêter je voulais aller au moins jusqu’à 6 mois.

Allaiter et travailler : Oh misère .. !

L’allaitement prend une toute autre dimension quand on reprend le travail. Je pense que c’est à ce moment là ou l’allaitement devient vraiment un acte extraordinaire.

Même si nous avons de la chance d’avoir des lois qui progressent dans le bon sens, dans les faits, c’est gênant de faire comprendre à son chef, ses collègues que oui on va prendre 1h dans la journée pour tirer son lait que non ça ne va pas nous mettre en retard dans notre boulot. On a une conscience professionnelle tout de même! Je rappelle juste que tout ceux qui font plein de petites pauses ou des looongues pauses cela équivaut bien souvent à minimum 30 minutes dans la journée!

Pour éviter de rester plus tard au travail je n’allais pas en pause surtout que le temps où je tirais mon lait c’était tout comme.

Néanmoins, je n’ai pas à me plaindre de ce côté là, ma direction m’a soutenu dans mes choix, elle ne m’a pas réduit mon salaire pour autant, m’a permis de prendre ces 2 * 30 minutes dans la journée sans me juger et m’a trouvé un client qui l’acceptait.

Finalement, j’ai rencontré beaucoup de difficultés plutôt d’ordre matériel et malheureusement psychologiques avec des réflexions répétées de MAMANS et de personnes travaillant dans la petite enfance…

Se préparer aux difficultés matériels et logistiques

(Je vous parlerai dans un prochain billet de l’organisation que j’avais mis en place pour tirer mon lait sereinement sans avoir trop de contrainte.)

Votre entreprise ou l’entreprise pour laquelle vous travaillez doit mettre à disposition un espace où vous pourrez allaiter ou tirer votre lait sans être dérangée. Super!…. du moins sur le papier. Les pièces mises à dispositions sont souvent inexistantes (direction les WC ??!!) ou bien vous êtes relayées dans le meilleur des cas à l’infirmerie, salle de repos où vous êtes priées à chaque ‘urgence’ de changer de salle, revenir etc.

Vous éprouvez alors le sentiment très désagréable d’être en trop et de franchement casser les ‘glaoui’.

Quelques conseils

Avant de revenir de congés maternité/parental

On envoie un email à sa direction/ RH où l’on explique quels seront nos futurs besoins et en insistant gentiment que plus ils seront respectés et meilleures seront vos conditions de travail. On rappelle qu’on a besoin d’un endroit fermé de l’intérieur, d’un point d’eau et le must du must d’un frigo facile d’accès et non open bar.

Après le congés maternité/parental

Les premiers temps vous risquez de vous sentir gênée vous serez surement contrainte de demander la clé à chaque fois en réexpliquant le pourquoi vous avez besoin de cette salle ou de vous retrouver comme moi les seins gonflés à bloque prêts à exploser devant l’infirmerie fermée pour cause de réunion!

Sans parler des fois où votre nuit aura été tellement un chaos qu’un rien exacerbera votre humeur déjà massacrante. Malgré tout ça on reste ZEN et DETENDUE (conditions pour tirer plus de lait mouhaha)

Préparez-vous des répliques sanglantes cinglantes à répondre du tac au tac lorsqu’on osera vous demander :

« Vous comptez tirer votre lait jusqu’à quand ? »

une demi-douzaine de fois dans le mois par l’infirmière ou bien lorsqu’à la crèche, ils insisteront (limite) pour que vous pensiez au lait en poudre en prenant un air désabusé.

« Il a faim très souvent, je ne suis pas sure que ça le nourrisse assez .. »

Comble du comble

Traitée de la sorte par des FEMMES (mamans en plus) qui travaillent dans le domaine du service à la personne et qui plus est, dans le cas de la crèche, dans le domaine de la petite enfance … comme diraient les copains WTF ??

Mais ne vous découragez pas par mon récit car vous aurez une certaine satisfaction d’avoir réussi cette mission (qui semble) impossible : nourrir votre bébé 😉

Les gens s’habitueront. Petit à petit une certaine routine s’installera. Vous vous sentirez fière d’avoir tenue bon. Vos retrouvailles avec votre tout petit ne seront que meilleures.

Et puis à force que nous parlions/expliquons ce qu’est vraiment l’allaitement, ses bien-faits, des plaisirs que cela procurent et des avantages, nous ne ferons qu’améliorer nos conditions et changer les mentalités !!

Bon à savoir : vous avez arrêté l’allaitement ou fait une pause mais vous voulez reprendre? Sachez que cela est possible! Je vous laisse lire un article sur le sujet ici 

Finalement, dans notre société, allaiter est un acte surnaturel non ?

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